PERSONNAGES

{La cuisine, Limoilou, l’automne}

« (…) Janis Joplin, j’en ai fait un portrait parce que c’est un personnage. »


C’est quoi pour toi Fred, un « personnage » ?

Eh ben… Regarde : selon moi, Jimmy Hendrix par exemple c’était un bon guitariste, mais c’était avant tout un gars avec une personnalité incroyable; c’était un irrévérencieux, un gars qui avait sa touche bien à lui, singulière.

Je pense que c’est une question de présence aussi quand je parle de « personnage », et d’impression qu’un artiste ou un musicien fait sur moi.

Il y a bien de grands musiciens, mais ce ne sont pas tous des personnages. J’ajouterais aussi que dans le fond, je ne veux pas me dire « J’ai fait tel guitariste, là je passe au suivant » dans le but de faire une longue liste de portraits de musiciens. Je dessine ceux qui m’inspirent.

« Je dessine des gens qui me touchent. En fait, c’est ça… Hendrix, Jean Leloup, Miles Davis, ils sont qui ils sont. Il y a plein de copies, mais eux, ils ont marqué leurs milieux. Ils ont fait de belles révolutions, et pas juste dans la musique, mais at large, dans la mentalité et la sensibilité des gens. »

«Mentalité», «sensibilité», tu parles ici de culture, non? C’est ça qui te touche?

Oui, mais ce n’est pas juste le fait de marquer, il y a quelque chose d’autre, de spécial, avec les personnages, un genre d’aura. C’est cette aura-là que j’essaie d’exprimer de manière plastique dans la façon dont je les dessine.

 

J’essaie de leur faire honneur en adaptant mon style à leur personnalité. Par exemple, Bob Dylan a été fait en une séance, à main levée, avec la volonté de le rendre brouillon un peu, avec une ligne plus loose. Cela dit, le résultat, malgré les lignes qui par endroit traversent le dessin de manière aléatoire, fait apparaître la poésie de Dylan. Ça représente bien, pour moi, le personnage.

Et Hendrix?

« Pour Hendrix, y’a ses cheveux… l’effervescence dans ses cheveux, dans sa chemise colorée qui explose de couleurs, avec sa posture un peu au-dessus de ses affaires, la bonne puff qu’il se prend, son rictus, les deux filles en extases… ça, c’est Hendrix. »

Leloup, lui, j’ai eu beaucoup de misère à le faire. Il ne fallait pas que je le fasse trop ressemblant ou réaliste, comme dans un décor. Lui aussi ça part dans tous les sens et lui aussi il y a plein de filles partout.

Les femmes, ça l’inspire…-il a deux ou trois sujets dans ses chansons : les filles, l’amour (souvent qui finit mal) et le voyage – le promeneur.

Ça, c’est Leloup et c’est un personnage. Je ne dessinerais pas… je ne sais pas… je dirais que mon approche est assez proche de celle de ces musiciens, ceux que je dessine.

Je ne pourrais pas, par exemple, peindre Gilles Vignault. Je pourrais faire un beau portrait, mais il manquerait quelque chose.

On est trop éloignés lui et moi. Hendrix et les autres, ils m’inspirent et j’aime ça les dessiner.

« Il y a comme un phénomène, quelque chose que je recherche en dessinant, comme le fait de « merger » avec le personnage. Dans ce temps-là, je me retrouve moi aussi dans le portrait et c’est là que j’ai le sentiment d’avoir bien fait mon travail. »